Mise à jour le 09 avr. 2021
Les travaux de recherches menés au sein du Laboratoire d’Anthropologie des Enjeux Contemporains s’articulent autour d’un projet scientifique ayant comme principal objectif de rendre compte des phénomènes et des enjeux contemporains depuis les théories et les méthodes développées par l’anthropologie. À ce titre, le laboratoire accorde une grande importance aux collaborations nationales et internationales. Il est aussi investi dans des coopérations avec les institutions lyonnaises. Les partenariats scientifiques et académiques sont développés, sans oublier les liens avec des associations et acteurs publics. Enfin, l’accompagnement des jeunes chercheur.es, doctorant.es et post-doctorant.es est une des priorités de l’unité.


 
Projet scientifique

Le Laboratoire d’Anthropologie des Enjeux Contemporains a été créé pour fédérer la recherche et valoriser l’expérience de formation lyonnaise en anthropologie. Il porte un projet scientifique ambitieux sur l’anthropologie des enjeux contemporains.

Décentrer notre regard sur le contemporain

Forts de nos traditions disciplinaires variées, nous nous proposons de conduire un réexamen critique des outils et théories anthropologiques mobilisés pour penser le contemporain (ce qui le caractérise, les enjeux qui le traversent).

Interroger le contexte contemporain

L’interconnexion des sociétés à l’échelle globale est désormais reconnue, nous proposons de dépasser cette analyse en menant une anthropologie du contemporain qui se montre attentive aux réalités situées et aux formes d’engagement qu’elles révèlent.

Le contexte contemporain est caractérisé par la profusion, l’imprévisibilité, l’extraordinaire, l’exceptionnel, l’incertain. Mais il nous faut l’interroger d’une manière ancrée empiriquement, à partir de terrains situés, comme l’ont affirmé Georges Balandier (1955) et Marc Augé (1994), grandes figures de l’anthropologie contemporaine. Nous interrogeons le monde globalisé à partir de pratiques et de situations observables localement.

Soutenir la pratique ethnographique

La pratique ethnographique n’est pas un simple outil de collecte de données, mais une praxis indissociable des enjeux théoriques. Nous l’exerçons en lien avec la théorie anthropologique, et mobilisons réflexivité, démarche non-hégémonique, réflexion éthique, et pluralisme des sources utilisées.

Proposer un nouveau vocabulaire pour penser la complexité

La complexité qui caractérise la situation contemporaine requiert un nouveau vocabulaire. Nous souhaitons investir cet espace conceptuel afin de dépasser les notions de globalisation et d’assemblage (pensées comme un empilement de localités et temporalités) pour proposer de nouvelles manières de concevoir et rendre compte de l’imbrication d’espaces, de temporalités, d’entités et d’existants (humains/non-humains, vivants/non-vivants), dans les sociétés contemporaines. Le contemporain de l’anthropologie est ici celui des mondes en train de se faire dans l’incertitude et le paradoxe, que notre projet veut identifier, pénétrer et restituer.

Aborder l’incertitude

Deux axes structurent nos recherches afin de discuter l’état du contemporain :

  • Mondes défaits, Mondes refaits – Une analyse du politique en mutation.
  • Les frontières des corps et du vivant.

Nous posons que l’incertitude renvoie moins à un état objectif des choses, qu’à un rapport spécifique que les sociétés contemporaines entretiennent avec le savoir et la certitude. L’incertain est aussi une prolifération de possibles, un état et un mode de gouvernance hautement productif.

Ainsi, par nos deux axes, notre double appréhension empirique de l’incertitude, comme mode de gouvernement et comme réalité située au cœur de l’expérience d’individus et de collectifs, nous cherchons à restituer la densité du présent : l’incertitude et ses possibles. Ce champ des possibles est le véritable terrain de l’ethnographe.

Axes de recherche
Le laboratoire développe ses activités sur la base d’un programme scientifique qui propose deux axes de recherche thématiques :
Axe 1 : Mondes défaits / Mondes refaits

Responsables : Tiphaine Duriez, Dejan Dimitrijevic.

Équipe : Bianca Botea, Juliette Cleuziou, Dejan Dimitrijevic, Tiphaine Duriez, Abderrahmane Moussaoui, Martin Soares, Pauline Guedj.

Que l’on regarde le « vieux continent » ou le « nouveau monde », à l’Est comme à l’Ouest, force est de constater que l’expérience de la perte subsume toute autre perception. Perte de l’Etat-Nation, perte des frontières, perte d’une sécurité que l’on croyait assurée, perte d’une croyance en un progrès linéaire vers plus de démocratie. Face à cette expérience qui caractérise le contemporain, l’incertitude domine. Ce statut d’incertitude manifeste la tension entre ce que nous nommons les Mondes défaits et les Mondes refaits.

Dans cette tension, il n’est pas simplement question du passé et du présent (ou de son futur proche), il est aussi question de transformation de paradigmes, de l’effondrement de grands récits, de l’émergence du nouveau, de l’invention de formes inédites du politique mais aussi de l’écriture de nouvelles utopies dont certaines ont parfois plus à voir qu’il n’y paraît avec celles des Mondes défaits (Millénarisme, Santé Globale, etc.). Dans ce contexte, de nouveaux savoirs sont produits, ils circulent et sont contestés et ce à diverses échelles, du plus local aux grands ensembles régionaux (Petric, 2012).

Les chercheur.es réuni.es dans cet axe interrogent les tourmentes contemporaines comme les promesses de sécurité. Leur intérêt se focalise en premier lieu sur des situations qui semblent bloquées (qu’elles concernent le politique, l’économique ou la santé) mais où pourtant apparaissent de nouveaux liens et de nouvelles manières de s’organiser pour vivre ensemble. Sociétés et individus négocient les reconfigurations des Mondes, à l’échelle individuelle et collective.

Quelles façons de reconstruire un rapport à l’Etat quand celui-ci n’est plus, ou plutôt quand les sources de pouvoir et de légitimité sont multiples ? Quels réaménagements de l’espace des possibles après des expériences traumatiques ? Quelles formes de gouvernementalité se dessinent dans l’avènement de nouveaux paradigmes dans le secteur de la santé ? Quels sont les ressorts (souvent globaux) des régimes de vérité qui légitiment le pouvoir dans les sociétés où nous travaillons et quelles résistances rencontrent-ils, quelles négociations et traductions sont à l’œuvre ?

Les travaux de cet axe, menés sur de multiples terrains, par des investigations de longue durée, s’organisent autour de deux thématiques :

  • Faire société en situations de violences, de menaces et de transitions incertaines.
  • Reconstruction, production de savoirs et utopies.
Axe 2 : Les frontières des corps et du vivant

Responsables : Michèle Cros, Julien Bondaz.

Équipe : Julien Bondaz, Bianca Botea, Juliette Cleuziou, Michèle Cros, Tiphaine Duriez, Abderrahmane Moussaoui, Kristina Tiedj.

Dans un monde marqué par les incertitudes, les savoirs anthropologiques s’avèrent d’autant plus stratégiques qu’ils prennent en compte des phénomènes opérant à de multiples échelles, du plus local au plus global. Ils reposent sur la prise en compte des diverses ontologies (Descola, 2005) qui structurent les modes de pensée de l’ensemble des cultures, mais aussi sur une attention portée à l’incertitude généralisée concernant des objets souvent fortement naturalisés (« le corps », « l’identité sexuelle », le « comportement », la « maladie », « l’animal », « la substance », etc.) et aux requalifications constantes que ces notions subissent dans les contextes où elles sont déployées et mises en tension. Cette approche dépasse la classification habituelle des champs de la discipline, en particulier la tripartition de ces interrogations entre l’anthropologie de la nature, l’anthropologie de la santé et l’anthropologie du corps. Elle s’inscrit néanmoins dans ces traditions disciplinaires et relève d’une anthropologie sociale et culturelle, dans la mesure où les processus de redéfinition dont elle vise la compréhension s’observent avant tout dans des reconfigurations sociales et des formes d’institution de la culture. Souvent légitimés en référence à des pratiques culturelles réinventées, dont les néo-chamanismes et l’éco-tourisme sont des expressions contemporaines, ces processus obligent les ethnologues à tenir compte des enjeux éthiques et réflexifs de leur métier. Les investigations ethnographiques proposées dans cet axe ont donc pour horizon heuristique la condition contemporaine actuelle caractérisée par l’interconnexion généralisée des mondes, en ouvrant l’analyse à la fois aux objets des savoirs (de l’épuisement d’une ressource naturelle aux formes de communication avec des entités invisibles en passant par le renouveau de telle ou telle valorisation culturelle de la « nature ») et aux structurations politiques, institutionnelles et discursives de ces savoirs. La spécificité des recherches conduites dans cet axe sera de faire dialoguer des approches conceptuelles et des littératures anthropologiques qui s’ignorent souvent, afin d’interroger à nouveaux frais les champs historiquement constitués de la discipline que sont l’anthropologie de la nature, l’anthropologie de la santé, et l’anthropologie du corps et du genre.

Nous proposons d’articuler ce dialogue autour de deux thématiques, auxquelles vient s’adjoindre un troisième thème transversal autour des méthodologies : 

  • « Genre, substances et sexualité » ;
  • « Quasi-humains et frontières du vivant » ;
  • « Ethnographier les incertitudes du vivant ».