Publié le 13 juillet 2026 Mis à jour le 13 juillet 2026
le 22 octobre 2026

Journée d'étude organisée dans le cadre du programme ReligiS (RELIGIons et Sociétés face aux défis contemporains)

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À l’occasion d’un numéro de la revue Clio consacré à « Femmes et religion », Agnès Fine et Claudine Leduc font remarquer que dans les systèmes religieux étudiés « C'est toujours avec l'institution et ses procédures que les femmes sont en délicatesse ! Elles sont exclues des actes constitutifs du culte, reléguées à leur périphérie ou interdites d'opérer. Les femmes, en revanche, ne semblent pas tenues à l'écart lorsque la relation avec la divinité se dispense de toute médiation. » (2,1995). [...]
Dans le cadre de cette journée les communications mettront à l’honneur l’expérience de terrain et l’ethnographie fine et située ainsi qu’une connaissance approfondie des textes traitant directement ou indirectement du fait religieux.
 
Argumentaire (intégralité)
A l’occasion d’un numéro de la revue Clio consacré à « Femmes et religion », Agnès Fine et Claudine Leduc font remarquer que dans les systèmes religieux étudiés « C'est toujours avec l'institution et ses procédures que les femmes sont en délicatesse ! Elles sont exclues des actes constitutifs du culte, reléguées à leur périphérie ou interdites d'opérer. Les femmes, en revanche, ne semblent pas tenues à l'écart lorsque la relation avec la divinité se dispense de toute médiation. » (2,1995). La médiation dont il est question dans cet article est institutionnelle et masculine. D’ailleurs, l’accès et l’étude de la parole divine ont longtemps été interdits aux femmes, les reléguant de facto à une transmission des pratiques religieuses quotidiennes à l’intérieur de la famille, comme seule la maternité les y autorisait. Les lieux de culte des religions du livre accordent rarement une place d’autorité aux femmes, ou seulement dans l’entre-soi féminin de confréries religieuses (ou devrait-on dire consoeuries) ou des hiérarchies institutionnelles octroyaient un pouvoir en leur sein. Cette situation a évolué dans certains cas, avec aujourd’hui des femmes devenues rabbin et pasteur, il reste néanmoins une discrimination majoritaire des femmes dans la plupart des religions, en tout cas dans leur pratiques et décisions officielles. Sans compter que la majorité des écrits théologiques sont attribués à des hommes, y compris quand ils se réfèrent aux miracles produits par des femmes.

Aussi, le propos qui fera l’objet de notre journée s’intéressera moins à l’accès officiel à la pratique religieuse par les femmes et davantage à la manière dont les femmes perçoivent et racontent leur rapport à la religion. Autrement dit, la question au centre de notre réflexion est de savoir s’il y a une parole féminine sur la religion et si les femmes ont une relation à la religion détachée de son aspect théologique et canonique. Car, comme le signale Alberto Fabio Ambrosio dans l’introduction au livre Femmes et religion en méditerranée (2022) « (...)les femmes sont à l’évidence assez bien représentées dans les Écritures qui, en contrepartie, sont nées dans un contexte davantage réservé aux hommes. La tension entre écriture, d’inspiration masculine, et interprétations qui sont possibles aussi au féminin ne donne pas encore droit, aux femmes également, ni plein droit à exercer l’autorité religieuse. »

La manière dont les femmes négocient leur place dans la religion a déjà été abordée dans plusieurs travaux de juristes (J-M Heydt), d’anthropologues, sociologues, d’historiennes et souvent toutes et tous arrivent à cette conclusion que « les grandes traditions religieuses qui ont marqué l’histoire de l’Europe depuis des siècles, ont été partie prenante d’un système patriarcal qui n’a commencé à être réellement ébranlé qu’au 20e siècle » (Mathilde Dubesset, 2008). Il a été mis en évidence le paradoxe selon lequel si la religion arrive par les femmes, par l’enfantement, elles n’en sont pas moins porteuses de l’impureté du péché originel pour les uns, ou par le simple fait que le sang qui s’écoule d’elles, au moment des couches et lors de la menstruation, est perçu comme « de la souillure », pour reprendre le titre du fameux travail de Mary Douglas. Pourtant, le sperme est aussi considéré comme un fluide corporel incompatible avec la parole divine, la prière et les rites religieux de manière générale. De ce fait, les ablutions et purifications de toutes sortes permettent aux hommes de se saisir des livres et des textes sacrés une fois purifiés. Qu’est-ce donc que cette impureté qui colle à la peau des femmes, dont le sexe et le genre marquent leur corps du sceau de l’incompatibilité de pouvoir tenir différentes places dans les rituels ?
Là encore toute généralisation reste à nuancer, car le statut social de certaines femmes peut leur permettre de négocier une place privilégiée. Les femmes n’ont pas forcément besoin de se faire passer pour un homme, telle Barbra Streisand dans Yentl (1983), pour avoir le droit d’étudier le religieux et de l’enseigner, voire de participer à des offices.

Il s’agit donc pour nous de dépasser une forme de rétrécissement contemporain de la vision des uns, des unes et des autres pour remettre la parole des femmes au centre de notre réflexion, et écouter ce qu’elles disent de la religion une fois débarrassées de l’obligation de dire selon ce qui est attendue de leur sexe et de leur genre, une fois qu’elles prennent possession de leur corps non pour prouver leur pureté mais pour affirmer leur égalité face religieux.

Dans le cadre de cette journée les communications mettront à l’honneur l’expérience de terrain et l’ethnographie fine et située ainsi qu’une connaissance approfondie des textes traitant directement ou indirectement du fait religieux.
Bibliographie
♦ Ambrosio, A.-F. (2022). Introduction. Dans Femmes et religions en Méditerranée (p. 5-9). Hermann.
https://doi.org/10.3917/herm.zuber.2022.01.0005

♦ Dubesset, M. (2008). Femmes et religions, entre soumission et espace pour s’exprimer et agir, un regard d’historienne, Nuevo Mundo Mundos Nuevos [En ligne]. https://doi.org/10.4000/nuevomundo.34383

♦ Heydt, J.-M. (2014). Les religions et les droits des femmes. Société, droit et religion, Numéro 4(1), 27-32. https://doi.org/10.3917/sdr.004.0027

♦ Leduc, C. et Fine, A. (1995). Femmes et religions. Clio. Histoire, femmes et sociétés, 2(2), 1-1. https://doi-org.ezproxy.u-paris.fr/10.4000/clio.485

Au programme

9h30 – 9h45 Mot d’accueil
Salomé Deboos, Professeur d’anthropologie LADEC, Université Lumière Lyon 2
Cristina Figueiredo, Maîtresse de conférences HDR, EDA, Faculté Sociétés et Humanités, Université Paris Cité
9h45 – 10h30 Quand l’empowerment des femmes massai est encadré par des missionnaires
Nathalie Bonini, Maîtresse de Conférences en Anthropologie, Anthropologie, UMR CITERES-CoST, Chercheuse associée au Ceped (UMR Paris-cité-IRD), Université de Tours.
10h30 – 10h45 Pause-café
10h45 – 11h30 Fabrique de la virtuosité chez des religieuses catholiques
Valérie Aubourd, Professeure d’Anthropologie, UR CONFLUENCE (EA1598), Université Catholique de Lyon
11h30 – 12h15 Corps et paroles de femmes pour dire le sacré et le religieux chez les Touaregs
Cristina Figueiredo, Maîtresse de conférences HDR, EDA, Faculté Sociétés et Humanités, Université Paris Cité
12h15 – 13h30 Repas
13h30 – 14h15 Du mabraze masculin aux patios des maisons, se construire femme par et dans les discours à Djibouti.
Ibtissem Batoum, Doctorante en Anthropologie, LADEC, Université Lumière Lyon 2
14h15 – 15h La déesse comme langage. Récits de femmes et expériences du religieux en Assam
Émilie Arrago-Boruah, Docteure en Anthropologie, Chercheuse associée au CESAH (CNRS-UMR 8077) et Chargée de cours à l’ILARA (EPHE)
15h – 15h45 Et si le religieux m’était conté par ma fille ? Transmission et rapports intergénérationnels chez les femmes musulmanes au Zanskar (Himalaya indien)
Salomé Deboos, Professeure d’Anthropologie, LADEC, Université Lumière Lyon 2
16h – 16h30 Bilan et clôture de la journée

Informations pratiques

Lieu(x)

Salle Berty Albrecht - MSH Lyon St Étienne, 14 avenue Berthelot - Lyon 7e
 

Partenaires

► Journée d'étude organisée par
♦ Salomé Deboos, Professeure d’anthropologie (LADEC, Université Lumière Lyon 2)
♦ Cristina Figuieredo, Maîtresse de conférences HDR (EDA, Faculté Sociétés et Humanités, Université Paris Cité)
Le programme ReligiS bénéficie d'une aide de l’État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence n°ANR-24-RSHS-0005.
 
 
Le programme ReligiS est l'un des projets lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt « Programmes de Recherche en Sciences Humaines et Sociales » de France 2030 (ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et le Secrétariat général pour l’investissement), qui a pour ambition de faire émerger des pôles de recherche et d’expertise à même de structurer les Sciences humaines et sociales (SHS) en France et de répondre aux grands défis sociétaux contemporains. L’enjeu est de rapprocher l’excellence scientifique en sciences humaines et sociales des acteurs institutionnels, socio-économiques et plus largement des citoyens et citoyennes.

Contact

Salomé Deboos, professeure d'anthropologie sociale et culturelle (UFR ASSP / LADEC) :